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Ce mois dans l’histoire du travail

Pour quelle raison des travailleuses et travailleurs doivent mourir au travail?

Tôt le matin du samedi 9 mai 1992, sous la petite ville de Plymouth (Nouvelle-Écosse), une fuite de gaz méthane s’étant répandue dans le puits de la mine Westray à partir du filon de charbon Foord, mélangée à de la poussière de charbon, a entraîné une explosion. Une lumière bleue a éclairé le ciel nocturne et des maisons se trouvant à plus d’un kilomètre ont tremblé sous la force de l’explosion. En quelques secondes, 26 mineurs qui travaillaient sous terre au cours de ce quart de travail ont été tués.

La mine Westray était en opération depuis seulement huit mois avec l’aide des gouvernements fédéral et provincial. Mais avant même l’ouverture de la mine, des préoccupations avaient été soulevées quant à sa sécurité. En juillet 1991, Bernie Boudreau, député provincial libéral de la Nouvelle-Écosse, avait envoyé une lettre au ministre du Travail pour le prévenir que la nouvelle mine de charbon « est potentiellement une des plus dangereuses au monde ». Elle a tout de même ouvert et ce jour de mai 1992 est devenu la pire catastrophe minière au Canada depuis l’explosion de 1958 qui avait secoué la mine de charbon de Springhill en Nouvelle-Écosse et qui avait tué 75 mineurs. L’extraction du charbon a toujours représenté un travail dangereux alors que certaines statistiques indiquent que 25 personnes pour chaque tranche de 100 000 personnes travaillant dans l’extraction du charbon mourront chaque année.

Après la catastrophe, le gouvernement provincial de la Nouvelle-Écosse a lancé une enquête publique menée par le juge Peter Richard. Ce dernier a conclu que « l’histoire de la mine Westray est une mosaïque complexe de mesures, d’omissions, d’erreurs, d’incompétence, d’indifférence, de cynisme, de stupidité et de négligence ». (The Westray Story: A Predictable Path to Disaster [L’histoire de la mine Westray : Une catastrophe prévisible])

Le Congrès du travail du Canada et les organismes qui y sont affiliés ont lancé une campagne au milieu des années 1990 afin de modifier le Code criminel du Canada pour tenir criminellement responsables les directeurs et les administrateurs de sociétés qui ont omis de prendre des mesures pour protéger les vies de leurs employés. Après des années de dur labeur, en 2003, le gouvernement fédéral a promulgué le projet de loi C-45 (connu sous le nom de « loi Westray ») qui prévoyait un nouveau cadre de responsabilité des entreprises au Canada permettant aux tribunaux d’imposer des amendes à des entreprises et de les mettre en probation afin de voir à ce que les infractions ne se répètent pas.

Chaque année, le 28 avril, des syndicats organisent des cérémonies commémoratives partout au pays afin d’honorer la mémoire des travailleuses et travailleurs tués ou blessés en raison de leur travail. Depuis l’adoption de la loi en 2003, peu d’accusations ont été portées et il y a eu moins de condamnations. Chaque section locale a un comité de santé et de sécurité pour assurer la sécurité au travail et l’améliorer. Les syndicats continuent d’exercer des pressions pour une application plus rigoureuse des lois et pour de nouvelles lois lorsque nécessaire. Les gens se rendent au travail pour se soutenir et soutenir leur famille et ne devraient pas mettre leur santé ou leur vie en danger en le faisant.

En 1998, le puits de la mine Westray a été scellé, enterrant les corps de 11 mineurs qui n’ont pas pu être récupérés. C’est maintenant un monument commémoratif pour ces 26 travailleuses et travailleurs qui ont été tués au travail. Leurs noms et l’inscription « Their light shall always shine » (Leur lumière jaillira toujours) y sont écrits. Mais le mouvement syndical continue de demander pourquoi nos gouvernements ont permis l’exploitation d’une des mines potentiellement parmi les plus dangereuses au monde? Pourquoi les vies des travailleuses et travailleurs sont moins importantes que les profits? Nous continuons de prendre part à nos comités de santé et de sécurité au travail et d’exercer des pressions pour assurer la sécurité des travailleuses et travailleurs.

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